«  RE-VISITER LE PAYSAGE » avec l’artiste-peintre…

Pour sa toute nouvelle exposition – la 3ème dans le cadre des Estivales Lagorre de Seix en Ariège – Valérie de Sarrieu emprunte, encore et toujours, des chemins de belle lumière. Ici enveloppante, là en trouées décisives à la faveur du clair-obscur, et plus singulièrement encore en reflets échangés entre ciel et eau, c’est elle qui reste maîtresse exigeante de son art du Paysage… à la recherche de nouvelles lisibilités certes, qui animeraient l’obscure épaisseur végétale, prélevée cette fois en cadrages plus resserrés.

         L’esprit des lieux souffle là, fruit d’une observation sur le motif sensiblement ajustée (déjà magnifiquement à l’oeuvre dans ses précieuses aquarelles) ; et l’amateur éclairé ne pourra qu’apprécier la série de toiles, magnifiant les hauts plateaux de l’Aubrac, d’une remarquable subtilité de tons,  et dont la linéarité épouse le format choisi ici, dans son allongement extrême.

A leur palette assourdie, de gris, verts et ocres rompus, font écho des réveils autrement colorés, qui ailleurs claquent et flamboient en aplats d’automne avancé, d’autres accents aussi qui torturent la touche avec pugnacité pour partir à l’assaut des branchages et pénétrer les masses d’ombre.

Salutaire renouveau, sensiblement plus moderne, dans le détail comme dans la prégnance de certaines compositions !

Certes l’art de Valérie de Sarrieu connaît « son » Histoire de l’Art, et des paysagistes en particulier : des dessinateurs des XVII et XVIIIème siècles aux peintres de l’Ecole de Barbizon (Corot en particulier) en passant par les Maîtres anglais du XIXème. Ainsi sait-elle, pour notre délectation, allier un certain classicisme à des turbulences plus risquées et expressives.

         Suprêmement enfin semble apparaître chez elle cette figure obsédante de l’Arbre dans l’espace champêtre : en solitaire gardien ou en aimable fratrie, rythmant le paysage… au point de trouver là un port d’attache à sa peinture, un ancrage emblématique, une thématique au long cours qui déjà  fait « style ».

A l’instar d’Alexandre Hollan, dont le vieux chêne, implanté sur sa propriété campagnarde, fascine de sa présence tutélaire toute l’œuvre graphique….  pouvant en cela bien faire écho à la lecture délectable du livre d’Alain Corbin, en hommage à « La douceur de l’ombre ».

         Rendez-vous est donc pris pour une future exposition de cette belle artiste, toute occupée à dé-visager de nouveaux paysages, toujours heureusement arborés… pour leur donner visage d’art.

Claude Barrère Seix – Août/sept. 2018

 

Petits paysages monumentaux

Aujourd’hui les moyens techniques d’expression plastique sont légions : les artistes utilisent la photo, la vidéo, ils installent, jouent avec les éclairages et le son, font intervenir des comédiens, etc, autant de propositions légitimes quand il s’agit de témoigner de son époque. Les gestes premiers, préhistoriques, ne sont toutefois pas oubliés et la peinture, le dessin, dont on a plusieurs fois publié les avis de décès, restent les piliers du métier. Et entre maintenant et hier, il y a l’Histoire de l’Art que nul n’est censé ignorer.

Valérie de Sarrieu fait de la peinture, d’une manière traditionnelle que l’on pourrait qualifier de démodée, de dépassée voire de ringarde : elle utilise des pinceaux et des tubes de peintures, de la peinture à l’huile ! ( les modernes gouaches acryliques n’ont pas leurs places dans sa mallette de peintre) Elle place son support sur un chevalet de campagne léger et pliant et s’installe en plein air, elle peint ̎ sur le motif ̎ selon l’expression, elle contemple le paysage et le restitue sur son carton avec une certaine fidélité et une belle affection ! C’est une attitude insolite, aujourd’hui, réservée semble t’il aux peintres amateurs dits du dimanche, que de travailler comme Monet et ses comparses impressionnistes, comme Cézanne dans sa montagne Sainte-Victoire ou comme Matisse et Derain sur le port de Collioure, à l’encontre des codes contemporains.

Sa façon n’est pas réaliste , il n’y a pas de désir de rivaliser avec la photographie, elle montre le paysage bien sûr, ne nous apprend rien de nouveau sur la beauté de la planète mais beaucoup sur la Peinture (j’ai mis une majuscule) Le sujet véritable de ses tableaux est bien la peinture, pas de lissage, le poil du pinceau se montre, il y a sa trace qui dénonce les gestes du peintre, elle connaît bien la technique de la peinture à l’huile, (elle a pratiqué la restauration d’œuvres) qu’elle utilise de manière simple, sans effets, sans frime ! Je me dis aussi que c’est une peinture savante, cultivée, qui n’ignore rien de l’histoire du paysage. Ses petits formats sont monumentaux. Valérie de Sarrieu s’y occupe de la couleur, les harmonies sont précieuses mais c’est le modèle qui les a inventées bien avant nous et qui les impose, elle s’occupe surtout de la lumière, trouve les réglages les plus fins pour distinguer les différents plans, pose un retour de lumière bleue dans un lointain, installe ici un puissant contraste, plus loin un ensemble de valeurs égales. Le ciel n’est pas derrière les arbres dans les paysages de Valérie De Sarrieu, mais entre les branches, les reflets ne sont pas au fond de l’étang mais miroitent en surface. C’est beau, juste (comme on dit d’un acteur qu’il est juste, ce qui ne veut pas dire qu’il soit vrai ) c’est ouvert, simple et libre quand elle frôle l’abstraction.

( Les trois grandes toiles présentées ont peut être moins de magie, moins de spontanéité. Un ami, qui connaît bien la peinture pour la pratiquer lui même de belle façon, me suggère qu’elles ont pu être réalisées en atelier et donc avoir été plus réfléchies, plus pensées. Nous convenons que c’est là leur moindre défaut ! )

A voir, cette expression subversive à force de tradition, ces petits formats hors du temps et donc délicatement contemporains au Château de Saurs (chemin Toulze à l’Isle sur Tarn ) associés aux sculptures-céramiques de Claude Devillard du 1er juillet au 23 septembre.

Jacques Trouvé

 

Séjour terrestre
de lumière irradiante

Parages essentiels

du collinaire
en nous

Pâle et fauve
Parole d’étendue

de chaumes arasés
et de labours anciens

de chemins poudroyés
au tracé de haie vive

de bosquets d’ombre
et d’arbres-pélerins

A joindre ainsi le ciel

impavide ferveur

nudité
féconde

qui pleinement
conduit au sens

Claude BARRERE Expos Seix Juillet-août 2011

 

Que monte la sève sèche d’hiver
Aux doigts écartelés
Drainant l’écriture

Dans l’attrait du couchant
Et le ciel accordé
Que s’approchent
Plus dorées
Les lignes

En écho
Au silence des voix
Que croisse
L’attachement du cœur
Pour l’espace incréé

Du projet de Lumière

 Claude Barrère Janvier 2010

Camarès Valérie de Sarrieu écrits

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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